Mario, en 1985, les impôts ne jouaient aucun rôle dans la LPP. Comment en est-on arrivé à ce qu'ils déterminent tout aujourd'hui?
Au départ, la LPP était une loi très simple, adaptée à un système de milice. Les aspects fiscaux n'ont joué aucun rôle en 1985. La nouveauté, c'est que les indépendants pouvaient enfin, grâce à la LPP, se constituer une prévoyance fiscalement privilégiée. Mais les conseillères et conseillers ont vite compris que les rachats étaient déductibles. Les autorités fiscales ont donc réagi et défini les premières règles du jeu.
Tu étais alors du côté de l'administration. Comment décidiez-vous, à une époque où il n'existait aucune règle?
Quelques principes existaient, mais il y avait beaucoup de lacunes. Les commissaires fiscaux devaient décider en leur âme et conscience. J'ai donc ressenti comme un net soulagement l'arrivée de directives fiscales claires en 2006. Avant cela, je devais apprécier de mon propre chef si quelque chose était déductible. Nous nous concertions bien sûr avec nos collègues d'autres cantons, mais cela n'avait rien de contraignant.
Tu as ensuite changé de camp. Qu'as-tu appris sur ta propre pratique d'alors?
Dès mon arrivée chez PensExpert, j'ai clairement annoncé que je souhaitais transmettre et promouvoir auprès des conseillers les règles fiscales apprises auprès des administrations et de la CSI. Après ce changement, j'ai pris encore davantage conscience qu'il était absolument juste et nécessaire, en tant qu'administration fiscale, de regarder de près: le marché proposait des solutions de prévoyance d'une créativité inouïe, pour lesquelles on peut sans hésiter parler d'«extrémisme de l'optimisation fiscale».
Dans le livre du jubilé, tu dis que la LPP actuelle n'est plus de son temps. Sur quoi te fondes-tu?
La LPP a désormais quarante ans. À l'époque, la structure sociale était tout autre: le mari travaillait, l'épouse s'occupait du ménage. Aujourd'hui, il existe des modèles de travail hybrides et de plus en plus de personnes travaillent à leur compte. Nous sommes donc dans un monde entièrement nouveau.
Tu dis qu'il suffirait de biffer une seule phrase. Laquelle?
Il s'agit de la collectivité virtuelle. La propriétaire d'une Sàrl qui en est l'unique employée peut s'assurer auprès d'une caisse de pension, une indépendante sans personnel non. Objectivement, cela ne se justifie plus. Mais la loi exclut la collectivité virtuelle pour les indépendants. Au fond, il suffirait de biffer une seule phrase dans la LPP.
Pourquoi cela n'arrive-t-il pas?
Tant que le débat sur le taux de conversion se poursuit, une révision de la LPP n'a pratiquement aucune chance devant le peuple. Il faudrait donc découpler les autres objets de la révision du taux de conversion et les traiter séparément. Le besoin est incontesté, c'est l'emballage qui pose problème.
Quelle erreur les conseillères et conseillers commettent-ils encore et toujours en planification fiscale?
Un peu moins qu'avant, peut-être, mais je constate encore une certaine «crainte de déplaire». Les conseillers montrent parfois trop peu de fermeté face aux exigences «extrêmes» de la clientèle et concluent des affaires pour le seul plaisir d'avoir conclu. Je trouve qu'il vaut mieux renoncer à une affaire que d'en conclure une mauvaise.
Que transmets-tu à Cyrill Habegger et à l'équipe?
Continuez ainsi! Je trouve très réjouissant votre façon de faire. Les bonnes questions sont posées et la prévoyance pratiquée est de qualité, irréprochable aussi sur le plan fiscal. La «compétence sociale» dans les rapports avec les différents acteurs – autorité de surveillance, administrations fiscales, banques, courtiers, clients – compte également beaucoup, et là aussi vous êtes sur la bonne voie.
L'entretien fiscal complet avec Sirgit Meier, André Bänziger, Mario Lazzarini et Max Ledergerber figure dans le livre du jubilé de PensExpert.