Yvonne Seiler Zimmermann, vous réalisez depuis quatre ans une étude qui analyse l’état des connaissances de la population suisse en matière de prévoyance vieillesse. Quelle évolution avez-vous constatée au cours de cette période?
Les connaissances en matière de prévoyance ne se sont malheureusement pas améliorées, bien qu’un important travail d’information ait été réalisé ces dernières années dans le cadre de votations importantes. Cependant, le fonctionnement concret de la prévoyance vieillesse en Suisse avec ses trois piliers est plutôt mal connu. Ce qui m’étonne le plus, c’est de constater la méconnaissance de la prévoyance vieillesse personnelle alors que ce sujet concerne tout le monde.
Quelles sont les raisons de cette méconnaissance?
Les jeunes générations se préoccupent généralement peu de la prévoyance vieillesse, alors que c’est justement pour elles que l’effet de levier pourrait être le plus important, car elles bénéficient encore d’un long horizon de placement. Après leur formation, la retraite semble encore bien loin. Mais lorsque la retraite approche, il n’y a souvent pas de marge de manœuvre pour corriger les lacunes de cotisation de la prévoyance personnelle. Notre étude vise à sensibiliser les gens à ce sujet.
Environ 40 % des personnes interrogées ne comprennent par exemple que peu ou pas du tout leur propre certificat de prévoyance. Mais ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que nombre de ces personnes sont réticentes à s’informer par elles-mêmes et à combler leur ignorance en la matière. La plupart d’entre elles trouvent le sujet trop compliqué ou rechignent à faire un effort
Les jeunes générations se pré occupent généralement peu de la prévoyance vieillesse, alors que c’est pour elles que l’effet de levier pourrait être le plus important.
Yvonne Seiler Zimmermann, professeure à la Haute École de Lucerne
Quelles sont les conséquences de ces mauvaises connaissances pour les assurés?
Le problème principal n’est pas seulement le manque de connaissances, mais surtout l’ignorance de ses propres lacunes, comme nous le constatons régulièrement à travers nos études. Ceux qui pensent à tort être bien informés auront moins tendance à demander conseil et prendront inévitablement de mauvaises décisions en matière de prévoyance vieillesse personnelle.
Le problème principal est l’ignorance de son propre manque de connaissance.
Yvonne Seiler Zimmermann, professeure à la Haute École de Lucerne
Quelles sont les principales préoccupations de la population suisse concernant le thème de la prévoyance?
L’évolution démographique et le faible niveau des taux d’intérêt compromettent le financement durable du deuxième pilier. La plupart des salariés en Suisse sont conscients de ces défis. Environ trois sondés sur cinq pensent qu’ils ne recevront pas assez d’argent de l’AVS et du deuxième pilier pour maintenir leur niveau de vie habituel à la retraite. Il est particulièrement intéressant de constater que les femmes ont encore moins confiance dans le système de prévoyance que les hommes.
Notre prévoyance vieillesse repose non seulement sur l’AVS et la prévoyance professionnelle, mais aussi sur la responsabilité individuelle – en particulier pour le troisième pilier.
Il est de l’intérêt de l’État que la population possède de bonnes connaissances en matière de prévoyance. Cela renforce la responsabilité individuelle et allège les dépenses sociales, par exemple en matière d’aide sociale ou de prestations complémentaires. En outre, des assurés bien informés auront tendance à soutenir les adaptations structurelles nécessaires du système de prévoyance.